De la fonte au grenier (ou comment j'ai commencé la couture)


Elle reluit d’un éclat vert, son « S » rouge emblématique me fait de l’œil. Carcasse tout en métal, lourde et imposante, je ne me risquerais pas à la soulever. Ci-gît une machine à coudre Singer, et contrairement à ce que les traces de toiles d’araignée laisseraient supposer, elle n’a pas rendu son dernier point. Elle sommeille.


« Je l’ai trouvée dans le grenier de ma grand-mère, elle date des années 60 je crois », me souffle Fanny, aussi émerveillée que moi face à son nouveau trésor vintage.


Je me demande parfois à quoi ressemblerait ma vie si mon amie n’avait pas eu l’audace de promener ces 15 kilos de fonte dans le train qui la ramenait de Mulhouse à Paris, un après-midi de printemps 2015. Si la couture et moi, nous nous serions rencontrées.


C’est sous le pied toujours sûr de la Singer qu’est née ma première robe cousue maison. Un chef-d’œuvre d’ourlets zigzaguants et de bretelles mal ajustées, que je n’ai pour finir jamais portée. Mais le jeu en valait le raté. Aux mains de la Singer, j’ai (re)découvert la joie de créer.


À mon tour d’investir. Point d’héritage en vue, machine oubliée dans cave ou grenier familial, un voyage chez Darty s’impose. Un seul suffira à l’acquisition de ma Janome Harmony 2039 (made in plastic in China, s’il-vous-plaît).


C’était il y a bientôt 5 ans et je n’aurais pu choisir un meilleur moment. Émergence, des mouvements Do It Yourself, les blogs couture se multiplient, les marques de patrons indépendantes affleurent et les merceries en ligne proposent de nouveaux tissus. Je ne remercierai jamais assez toutes les blogueuses et youtubeuses pour leur générosité, car c’est grâce à elles que j’ai tout appris. Tous les outils sont là pour nourrir ma créativité longtemps reniée, et qui n’en finit plus de s’exprimer.

Elle déborde, je ne la ferai plus taire. Depuis que je travaille, mes mains ne servent plus qu’à pianoter sur un clavier, cliquer en tous sens pour répondre aux caprices d’une entreprise multimillionnaire à coup de tableaux Excel et présentations Powerpoint. La couture me pique alors que je suis au plus bas dans ma vie professionnelle, et sa pratique se pare de vertus thérapeutiques pour moi.


Dessiner et imaginer un vêtement, choisir et adapter un patron, toucher et sélectionner les tissus, assembler les pièces… j’aime tout. Toutes les étapes du processus. Je peux enfin m’exprimer sans demander la validation de 20 personnes et m’évader dans une bulle où le temps n’appartient qu’à moi. Je ne réussis pas tout, et certainement pas du premier coup, mais j’apprends et me reprends sans me lasser. Je peux laisser libre cours à mon imagination et concrétiser mes idées sans m’entendre dire non pour la millième fois, suivi de l’inévitable : « tu sais, on a toujours fait comme ça ».


Robes, blouses, vestes, pantalons, j’essaie tout au cours de ces premières années. Un peu dans tous les sens. Un peu trop (surtout pour mes 45m2 parisiens !). Plus je progresse, plus je maîtrise et plus je me pose de questions sur la façon dont je m’habille. C’est quand même curieux, après tout, que coudre ses propres vêtements coûte aussi cher - voire plus ! - que d’aller chez Zara… Je me rends compte aussi que j’accumule les tissus aussi frénétiquement que j’achetais des vêtements. La conscience grandissante des limites de ma passion m’encourage à créer de manière plus réfléchie… et me donne envie d’en faire mon métier !


Aujourd’hui, coudre reste l’opportunité de donner vie à mes idées mais aussi de me constituer une garde-robe qui me va mieux, que je construis pour durer. À travers le partage de mes créations et de mon aventure entrepreneuriale, j’espère vous donner envie, à votre tour, d’exprimer votre créativité et de vous habiller de manière plus consciente. Cela ne tient qu’à un désir, un élan, un échange avec un.e ami.e ou encore, qui sait, un trésor retrouvé au détour d’un grenier.

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