Jupettes & cotonnades (ou pourquoi je préfère le coton bio)

Mis à jour : il y a 6 jours


Panthères, petites fleurs, citrons… je navigue entre les rouleaux d’un des temples parisiens du tissu,Tissus Reine, Paris 18 e . À la recherche de la matière parfaite pour consacrer ma première pièce cousue toute seule. J’ai jeté mon dévolu sur le patron de jupe Ava qui vient d’être lancée par Make my Lemonade et je rêve d’un bel imprimé coloré. Ça ne respire pas la modernité, mais je finis par trouver mon bonheur dans un imprimé bleu pastel parsemé de fleurettes blanches. Seul le dessin a guidé mon choix. La question de la matière, son tissage ou son impact environnemental ne m’a absolument pas traversé l’esprit.

Aujourd’hui j’ai acheté sans le savoir mon premier coupon de coton, LE textile que je pense avoir le plus cousu depuis le début de ma carrière de couturière amateure. Version popeline, satin, jersey, double gaze, c’est la valeur sûre de mon dressing. Le coton est doux, le coton se coud facilement, le coton se lave aisément, le coton respire…on l’adore et on en trouve sans problème.

On a envie de le coudre les yeux fermés, c’est naturel après tout, rien à voir avec un bon vieux

polyester (polyester = plastique = mettra quelques siècles à se décomposer). Dommage, son naturel

n’y suffit pas… Je crois que c’est en regardant The True Cost (le documentaire qui calme dare-dare tes envies de soldes chez Zara) que mon enthousiasme pour cette fibre fabuleuse a commencé à se

modérer. L’enquête de Cash investigation sur le coton et mes cours de textiles à l'Institut français de la mode ont fait le reste.

Il y a 3 gros problèmes que pose la culture du coton. Un, ça consomme des pesticides, deux, ça

consomme beaucoup d’eau et trois, la récolte n’a pas toujours lieu dans des conditions de travail très

nettes. En termes de douche chimique, le coton utilise 25% des insecticides dans le monde pour 2,5% de surfaces cultivées (selon l’Organisation Mondiale de la Santé). Un lourd tribut pour les sols

cultivés et les cultivateurs… et pour nous. Concernant l’eau, on cultive aujourd’hui des graines de

coton qui demandent beaucoup d’irrigation. Et les étapes de filature, préparation, blanchiment qui

suivent exigent elles aussi quantités d’eau dans des pays aux où elle est parfois rare. Les plus grands producteurs sont des pays aux climats chauds comme l’Inde, la Chine, le Sud des États-Unis, la

Turquie, le Pakistan, le Brésil, l’Ouzbékistan, ou encore en Afrique de l’Ouest. Le Water Footprint network évalue à 10 000 litres la quantité d’eau moyenne nécessaire à la production d’un 1kg de coton – à notre échelle, cela veut dire qu’il faut 2500 litres pour fabriquer une chemise.

Pour finir, ce sont des pays où le droit du travail ne prévoit pas exactement 35h de labeur

hebdomadaire et cinq semaines de congés payés. La dictature ouzbèke est de loin la championne,

puisqu’elle expédie chaque année toute la population à marche forcée récolter leurs précieuses

fibres. Tout simplement... Je préfère donc savoir dans quelles conditions sont récoltées, filées et tissées les fibres de coton. Dans mes propres quêtes de coton, je ne vous cache pas que la traçabilité reste une information parfois difficile à obtenir… voire carrément mystérieuse. Et je comprends mieux la difficulté des marques à avancer sur ce sujet !


Une fois établi que le coton conventionnel n’est pas la matière idéale à utiliser… si on veut

consommer responsable, que faire ? Il y a toujours l’option Adam et Ève, promenade au clair de lune

dans la forêt avec pour seule parure une feuille de vigne… Très peu pour moi.


Voici quelques idées pour faire, un peu mieux, pas à pas, avec le peu d’informations dont on dispose :


Préférer le coton bio :

il est cultivé sans pesticides, avec soi-disant moins d’eau mais je n’ai pas trouvé de chiffre fiable là-dessus. Mais zéro pesticide, c’est toujours ça de pris.


Encore mieux, préférer le coton bio labellisé GOTS

(Global Organic Textile Standard) ou autre certification attestant la traçabilité, mais celle-ci est la plus connue/répandue.

Le label GOTS propose 2 garanties : côté environnement, il certifie des fibres biologiques,

avec des procédés de transformation respectueux de l’environnement et sans intrants

chimiques lourds (il y a une liste très longue de produits interdits !). Côté social, il certifie que

les étapes de préparation sont réalisées dans les conditions de travail fixées par les normes

fondamentales de l'Organisation Internationale du Travail.

Pas de garanties, cependant, quant aux conditions de travail des cultivateurs…

Évidemment, cette certification n’est pas gratuite et fait grimper le prix du tissu. Vérifier que

tout se fait de manière juste a un prix !


Utiliser son stock de coton existant 

Une matière déjà produite et surtout déjà achetée mérite d’être utilisée. Les masques m’ont bien aidées à écouler mes chutes dernièrement mais j’ai encore quelques morceaux qui ne demandent qu’à être transformés. On peut trouver aussi des trésors vintage chez Emmaüs.


Réutiliser le tissu d’une cousette qu’on ne met plus !

On a toutes des ratés et des mal aimés de nos débuts (ou pas) qui peuvent être transformés. Hâte de vous partager une idée de transformation.

Si vous voulez en savoir plus :


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